Comment on apprend
Expliquer en dessinant : ce que dit la recherche
Pourquoi un bon prof de maths ou de physique, au secondaire comme au cégep, prend-il toujours la craie ? Pourquoi une notion lue trois fois dans le manuel devient-elle claire quand quelqu'un la dessine en l'expliquant ? La recherche en psychologie cognitive a une réponse précise.
Principe 1 : des mots et des images
Le psychologue Richard Mayer, de l'Université de Californie à Santa Barbara, étudie depuis plus de 30 ans comment on apprend avec des explications. Son premier principe est simple : on apprend mieux avec des mots et des images qu'avec des mots seuls.
Dans les 11 expériences qu'il a recensées, les élèves qui recevaient un texte avec des illustrations, ou une narration avec une animation, réussissaient mieux les questions de transfert, c'est-à-dire appliquer la notion à un problème nouveau. L'effet médian est de 1,39 écart-type. Dans le monde de l'éducation, c'est un effet très grand : l'élève moyen passe d'environ la moitié de la classe au-dessus de 90 % de ses pairs.
Principe 2 : une voix plutôt qu'un texte
Le deuxième principe surprend davantage : face à un schéma ou une animation, on apprend mieux quand l'explication est dite à voix haute que lorsqu'elle est écrite à l'écran. Dans les 17 tests recensés, le résultat va dans le même sens à chaque fois, avec un effet médian de 1,02.
La raison : quand le texte est écrit à côté du dessin, les yeux doivent faire des allers-retours. Le canal visuel est surchargé. Quand l'explication est entendue, les yeux restent sur le dessin et les oreilles prennent les mots. Les deux canaux travaillent en même temps.
Pourquoi ça marche
Ces résultats s'appuient sur une idée ancienne, la théorie du double codage d'Allan Paivio : notre mémoire traite les mots et les images par deux voies différentes. Une notion codée des deux façons laisse deux traces au lieu d'une, et elle est plus facile à retrouver le jour de l'examen.
Les limites à connaître
Ces expériences portent surtout sur des leçons courtes, souvent avec des étudiants universitaires et en laboratoire. En classe, les effets sont généralement plus modestes. Et un dessin n'aide que s'il montre l'essentiel : un schéma décoratif ou trop chargé peut au contraire distraire.
En pratique
- Dessiner l'énoncé. Devant un problème de physique, de chimie ou une situation-problème de maths en sec 4 ou sec 5, faire un schéma avant de calculer.
- Demander à voir. Quand une explication ne passe pas, en classe, en récupération avec le prof ou avec un tuteur, demander : « Peux-tu me le dessiner ? »
- Expliquer en traçant. Pour réviser, refaire le schéma de mémoire en expliquant à voix haute chaque étape.
C'est pour cette raison que Nesalio explique à la voix tout en dessinant au tableau, au rythme de ses mots.
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Réserver une démoSources
- Mayer, R. E. (2009). Multimedia principle. Dans Multimedia Learning (2e éd., chap. 12, p. 223-241). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511811678.017
- Mayer, R. E. (2009). Modality principle. Dans Multimedia Learning (2e éd., chap. 11, p. 200-220). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511811678.015
- Paivio, A. (1971). Imagery and Verbal Processes. Holt, Rinehart and Winston.